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Spiritualité / Maçonnerie

Dimanche 11 novembre 2007
Philosophes et essayistes, Alain Finkielkraut et Paul Thibaud s'interrogent sur les relations entre judaïsme et christianisme, soixante ans après la Shoah.


Juifs et chrétiens, le débat

LE MONDE | 10.11.07 | 13h40  •  Mis à jour le 11.11.07 | 17h24 


Qu'est-ce qui a changé dans le rapport entre chrétiens et juifs depuis les lendemains de la Shoah, il y a soixante ans ?

 

Paul Thibaud : Ce qui a changé, c'est le fait, pour les chrétiens, d'admettre la permanence du peuple juif après l'Incarnation du Christ. C'est l'idée que cette permanence du peuple juif, ou son "endurcissement", comme disait l'apôtre Paul, contribue même, d'une certaine manière, au salut des nations. Une fois ce pas considérable franchi par l'ensemble des Eglises, on peut s'interroger sur le rapport nouveau qui s'annonce. Pourquoi dialoguer, en soi ou entre soi ? A cela le pape Jean Paul II a répondu clairement : pour savoir qui nous sommes. C'est l'identité chrétienne qui se formule face au judaïsme dont elle vient, mais qu'elle ne pourra jamais complètement assimiler, réduire à elle-même. Du reste, l'introduction de textes de l'Ancien Testament dans la liturgie montre que la méditation et la célébration chrétiennes ne se font pas en oubliant le peuple juif.
Alain Finkielkraut : Je dois d'abord préciser que je ne suis ni un notable communautaire ni un juif de l'étude. Notre rencontre n'est pas celle d'un représentant autorisé du judaïsme avec un intellectuel chrétien. Je parle en mon nom et j'observe, moi aussi, un très grand événement : après le traumatisme de l'extermination et le malaise provoqué par le "silence" du pape Pie XII, l'Eglise a rompu avec ce que Jules Isaac, dont on sait l'influence qu'il a eue sur Jean XXIII, le plus grand pape du XXe siècle, appelait "l'enseignement du mépris".

Hérité de saint Paul, le mépris chrétien visait le juif charnel. Il se fondait sur une opposition tranchée entre l'esprit et la chair. L'esprit, c'était la foi. Et la chair, c'était principalement deux choses : la filiation et la convoitise. L'universalité de la Nouvelle Alliance était censée avoir mis fin au privilège héréditaire des descendants d'Abraham, et les juifs étaient accusés de ne pas comprendre leurs propres Ecritures : celles-ci annonçaient le règne de la charité, mais, comme ils étaient eux-mêmes incapables de s'élever au-dessus des valeurs matérielles, ils furent, comme dit Pascal, déçus "par l'avènement ignominieux et pauvre du Messie" et ils en devinrent les plus cruels ennemis.

Ce mépris n'a plus cours. En 1980, à Mayence, lors de sa rencontre avec la communauté juive d'Allemagne, Jean Paul II a salué "le peuple de Dieu de l'Ancienne Alliance qui n'a jamais été révoquée". Le juif charnel est réhabilité. L'Eglise fait droit désormais à l'expression dans laquelle tous les juifs se reconnaissent : "De génération en génération."

La "repentance" dans le monde chrétien n'a pourtant pas fait l'unanimité.

P. T. : Elle est acceptée en France depuis la déclaration des évêques à Drancy en septembre 1997. Ce qui paraît moins clair, c'est la substance de cette repentance. On reconnaît qu'en dépit de la participation des chrétiens au "sauvetage" de beaucoup de juifs en France (la consultation du Livre des Justes est à cet égard probante), l'Eglise en tant qu'institution n'est intervenue que grâce à une poignée d'évêques. On sait que les jésuites de Fourvière qui ont fait Témoignage chrétien n'ont pas obtenu une protestation de la faculté de théologie. La question du rapport entre l'antijudaïsme de la tradition chrétienne et l'antisémitisme moderne est également ouverte. La déclaration Nous nous souvenons du Vatican (1998), qui les séparait complètement, n'a pas convaincu.

On ne peut, dans l'autre sens, dire, comme l'ont fait Jules Isaac et Raul Hilberg, que le nazisme est un concentré virulent de l'antijudaïsme chrétien. Le nazisme était antichrétien. Pourtant, il est apparu en terre de chrétienté, entre Vienne et Munich, d'où il s'est diffusé dans toute l'Allemagne. Cela renvoie aux effets d'une domination cléricale qui a pesé à la fois sur le judaïsme marginalisé et sur le peuple chrétien lourdement encadré. Le nazisme est apparu quand les pouvoirs politiques sur lesquels s'appuyait cette domination ont été ébranlés. La révolte contre l'oppression cléricale que le nazisme exprime s'est retournée contre ceux - les juifs - que ces pouvoirs avaient marginalisés. Au-delà de la réflexion que cet épisode suggère sur les effets de certains régimes de chrétienté, cela indique aussi une tâche actuelle et nouvelle : celle de partager l'histoire avec les juifs, de nous placer avec eux dans une attitude de responsabilité pour le monde que nous habitons.

A. F. : Quand une génération se livre à la repentance, c'est pour affirmer, en réalité, sa supériorité morale sur les générations précédentes. La France est aujourd'hui peuplée de pénitents arrogants qui auraient pris le maquis dès 1940 et qui hurlent au fascisme à la moindre occasion pour bien montrer de quel bois résistant ils se chauffent. Cette repentance n'est pas un mea culpa, c'est une pratique effrontément narcissique et anachronique de la mémoire.

Mais l'Eglise est une institution. Rapport de soi à soi, la repentance lui coûte. Celle-ci est donc authentique et d'autant plus nécessaire que la malédiction du juif charnel est l'argumentaire fondamental où puisent tous les antisémitismes, même le racisme nazi. Il serait trop facile de réduire le nazisme à un déchaînement de paganisme contre la civilisation judéo-chrétienne. Les Aryens, dans la vision nazie, étaient les dépositaires de l'Idéal, la race de l'Esprit ; c'est pour libérer l'humanité de l'étreinte du matérialisme qu'ils ont entrepris l'extermination de la "race juive".

P. T. : Un idéalisme de la race, c'est bizarre pour les nazis...

A. F. : C'est pourtant vrai.

P. T. : A propos du juif charnel, je voudrais faire une distinction. Il y a la polémique dont on trouve l'écho dans les Evangiles : les disciples de Jésus reprochent à ceux des juifs, majoritaires, qui n'ont pas suivi leur maître, d'avoir été aveuglés par des images de grandeur. C'est une chose, mais c'en est une autre que de rapporter ensuite cette polémique à une essence du juif, qui serait définitivement "charnel", alors que, par contraste, les chrétiens seraient "spirituels". La conséquence est que l'accusateur se rend coupable de ce dont il accuse l'autre : au juif on reproche le goût de la puissance, mais cela alimente la volonté de puissance du chrétien. Si cela s'est produit, c'est que les juifs avaient été, dans l'esprit et au bénéfice des chrétiens, sortis, démis de l'histoire. La représentation que l'on avait d'eux s'est bloquée.

Est en cause ici la déformation qui a marqué la mission chrétienne, se glorifiant aux dépens de l'autre. Il est d'autant plus important d'y réfléchir que la situation présente est très différente. Les juifs, qui étaient en marge du monde, sont dans le monde puisqu'ils ont un Etat. Ils sont même au centre du monde en souvenir de la Shoah. A l'opposé, par la sécularisation, le christianisme européen apparaît dépossédé, démenti dans ses prétentions. Il nous faut donc apprendre à revenir sur notre histoire, afin de nous replacer autrement dans le monde, à nous replacer les uns par rapport aux autres, c'est-à-dire à nous reconnaître à la fois charnels et spirituels, particuliers et universels.

Comment expliquer que l'antisémitisme continue d'obséder nos sociétés européennes ? Antisémitisme sans juifs, si on veut bien observer que la plus grande partie des juifs européens ont été exterminés ou ont émigré en Israël...

A. F. : On n'en aura jamais fini, en effet, avec l'antisémitisme... Et nous vivons aujourd'hui un poignant chassé-croisé des mémoires. A l'événement de la Shoah, qui prend une place toujours plus grande dans la conscience européenne, nos démocraties ont répondu par la religion de l'humanité, c'est-à-dire par l'universalisation de l'idée du semblable et la condamnation de tout ce qui divise ou sépare les hommes. "L'Europe est née à Auschwitz", ont dit Bronislaw Geremek et Robert Badinter, lors de la commémoration du soixantième anniversaire de la libération des camps. Cela signifiait que, pour ne plus exclure qui que ce soit, l'Europe devait se défaire d'elle-même, se "désoriginer", ne garder de son héritage que l'universalité des droits de l'homme. "Vacuité substantielle, tolérance radicale", tel est, déclare le sociologue allemand Ulrich Beck, le secret de l'Europe. Nous ne sommes rien, c'est la condition préalable pour que nous ne soyons fermés à rien ni à personne.

Pour les juifs, il s'est passé tout autre chose. Ils n'ont pas emprunté la voie rédemptrice de l'indétermination. Ils ont découvert, avec l'hitlérisme, que, quoi qu'ils disent, fassent ou rêvent, ils étaient rivés à leur judéité. Ce que l'écrivain Aaron Appelfeld exprime admirablement et sans détour : "Vous étiez en marche vers les royaumes enchantés du rejet de soi quand, au beau milieu du chemin, vint la main satanique qui vous a ramené aux fondements de l'existence tribale et vous y maintint de force, non parce que vous étiez telle personne, que vous aviez telle opinion, mais parce que vous faisiez partie du peuple juif." (dans L'Héritage nu, éd. de l'Olivier, 2006).

Hier encore complémentaires, la mémoire charnelle et la mémoire démocratique entrent aujourd'hui en conflit. La religion de l'humanité fait honte aux juifs de trahir les valeurs proclamées en leur nom. Et les voici à nouveau accusés, mais cette fois par un credo laïque, de s'obstiner dans l'ethnicisme. A l'heure du sans-frontiérisme et du "métissage" généralisé, l'Etat juif et l'identité juive apparaissent comme les très inquiétants vestiges du racisme séparateur. Tel est le paradoxe de notre situation : sous le choc de l'extermination, l'Eglise abandonne la réprobation du juif charnel et la démocratie la reprend fièrement à son compte.

P. T. : Je voudrais faire une lecture moins désespérante de la situation, même si je ne conteste pas l'essentiel de la description. Comment oublier que la conférence de Durban (Afrique du Sud) sur les droits de l'homme, en 2001, a vu une explosion d'anti-israélisme fanatique ? Je partirai, moi aussi, de la religion de l'humanité, mais en ajoutant qu'elle a connu plusieurs formes depuis la fin de la guerre et qu'elle pourrait en connaître d'autres. La première a été la religion "socialiste" de 1945, des travaillistes anglais jusqu'aux communistes. On allait vers une société de justice et d'égalité où la question juive s'évanouirait d'elle-même. Promesse d'assimilation et d'effacement, à la fois utopique, contestable et même perverse, puisque le stalinisme a pu s'en réclamer. Réponse au nazisme par-dessus la tête des juifs, sur lesquels régnait un "étrange silence", comme l'écrivait Emmanuel Mounier (fondateur de la revue Esprit), en 1945.

La deuxième forme de religion de l'humanité, l'actuelle, est la religion des droits de l'homme supposée offrir une réponse à ce retour de mémoire de la Shoah qui s'est produit à partir des années 1960. Elle est obsédée par le passé, comme désespérée de ne pas pouvoir faire que ce qui a eu lieu ne puisse pas être défait. Mais elle a abouti à un humanisme sans horizon qui se pose en juge de l'histoire et finit par s'en prendre au vouloir-vivre juif, en la "personne" d'Israël.

A. F. : Soyons clairs : la religion de l'humanité est la mienne. J'espère faire partie de ceux dont le sociologue français Emile Durkheim disait, au moment de l'affaire Dreyfus, que quiconque attente à la dignité d'un homme, quel qu'il soit, leur inspire un sentiment d'horreur analogue à celui du croyant quand il voit profaner son idole. Il reste que cette religion conduit ses apôtres les plus zélés à faire le procès du donné, de la particularité, de l'appartenance, bref de la chair et des juifs qui s'entêtent à lui demeurer fidèles.

On sait ou on devrait savoir ce qui s'est passé lors de la première conférence internationale de Durban contre le racisme, l'intolérance et la xénophobie. Mais sait-on qu'il se prépare un Durban 2, plus effrayant encore, avec un Conseil des droits de l'homme à Genève qui, dans l'indifférence générale, fait d'Israël un état génocidaire, et qui explique benoîtement que la laïcité européenne est en réalité discriminatoire et raciste ? Si la France ne frappe pas du poing sur la table, si les pays occidentaux ne menacent pas de boycotter cette conférence, l'Occident en général et l'Etat juif en particulier seront, plus encore qu'en 2001, les boucs émissaires des malheurs de l'Afrique et de la stagnation du monde arabo-musulman.

Nous devons tout faire pour éviter le "clash des civilisations", mais une autre menace nous pend au nez : la rencontre des civilisations autour de la haine de tout ce qui porte le nom d'Israël. En guise de dialogue, on risque de voir l'antisémitisme antiraciste qui fleurit dans les démocraties du Nord entrer en résonance avec la vision paranoïaque du juif invisible et omnipotent qui sévit dans certains pays du Sud. Quand j'entends des experts français de la gauche qui se veut modérée affirmer que la baisse du taux de fécondité en Iran prouve que ce pays progresse vers la démocratie, que les menaces réitérées par son président négationniste d'effacer "l'entité sioniste" de la carte ne doivent pas être prises au sérieux et que le vrai danger actuel, c'est Israël, l'Amérique et la France américanisée, j'envisage avec effroi le grand rendez-vous civilisationnel de Durban 2.

 

 

P. T. : Je nuancerai. S'il y a un Durban 2, ce ne sera pas forcément la répétition de Durban 1. Les pays qui "émergent" du sous-développement peuvent adopter, à l'égard du judaïsme, une attitude totalement différente de celle du monde arabo-islamique, qui pourrait ne plus être le porte-parole du tiers-monde.

Reste la question : comment sortir de la religion du ressentiment qui a perverti la religion de l'humanité ? Ressentiment contre soi-même, contre son histoire d'abord. C'est la négativité de cette religion, sa fixation sur le mal qui est le Mal. Pour cette raison, je pense qu'elle a besoin d'un horizon moral et pratique correspondant à ce nouvel état de l'humanité qu'est la mondialisation, le mélange de marché et des droits de l'homme qui se propose pour cela étant à la fois irréaliste et insuffisant. Comment trouver de quoi aider et guider l'humanité sur la route du "perfectionnement de soi" ? Juifs et chrétiens, nous avons en commun une idée du bien à poursuivre qu'énonce la maxime qu'on associe à l'amour de Dieu et qui condense la loi dont Hitler a voulu assassiner le peuple messager : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même."

On craint de s'égarer dans les nuées en se donnant une telle référence, mais, alors que se défont les cadres qui faisaient les moeurs, qui servaient de repère au sentiment d'obligation, l'humanité a besoin de faire un saut dans une moralité plus vaste. Ce serait aussi la bonne manière de répondre à Hitler. A ce propos, on a trop confondu le devoir de répliquer avec celui de dénoncer. D'où une surenchère qui a placé les juifs en position d'accusateurs universels. Le devoir actuel me paraît plutôt être de passer à une troisième forme de religion de l'humanité, où les juifs auraient une autre place que celle du reproche vivant.

Chez certains auteurs, on trouve une exhortation de plus en plus pressante à ce que les juifs et les chrétiens nouent une nouvelle alliance, en défense de "l'Occident" face à l'islamisme radical. Qu'en pensez-vous ?

A. F. : Je réponds à votre question par cette question : comment devons-nous répondre à ceux qui désignent notre civilisation comme leur ennemi ? Julien Freund, qui a introduit la pensée de Carl Schmitt en France, a eu cette phrase très profonde : "Ce n'est pas nous qui choisissons notre ennemi. C'est l'ennemi qui nous choisit." Autrement dit, l'Histoire n'a pas, à proprement parler, de sujet. Nul n'en est l'auteur. Comme le souligne Hannah Arendt, elle n'est pas une oeuvre que l'on fait, mais un réseau d'actions et d'interactions immaîtrisable. Nous autres, Européens, nous sommes sortis de la seconde guerre mondiale persuadés que nos seuls ennemis étaient nos démons. Nous avons donc monté la garde, instauré le régime de la vigilance. Mais voici qu'un nouvel ennemi nous désigne : l'islamisme radical.

Devons-nous réagir ? Ceux qui s'y refusent, en tout cas, ne sont pas animés par l'esprit de paix, mais par une autre idée de la guerre : la guerre civile mondiale qui oppose les dominés aux dominants, c'est-à-dire à l'axe Washington - Tel-Aviv. La révolte des dominés, dans cette optique, est légitime, et ses formes les plus violentes toujours excusables. Eh bien non, l'Occident ce n'est pas seulement la domination, ce n'est pas seulement le crime, c'est un patrimoine, c'est un monde qui mérite d'être entretenu et perpétué. Il ne s'agit pas de revenir, après la fin ou la suspension des guerres idéologiques, aux guerres de religion et de mener, contre l'islam, je ne sais quelle croisade. L'agressivité de l'islamisme radical ne doit pas nous conduire à simplifier l'islam ni à le priver d'avenir en décrétant que les musulmans sont inaptes à la démocratie. Mais nous ne devons certainement pas répondre à la provocation par l'expiation.

P. T. : J'admets qu'on doive répliquer, mais de quelle manière ? En répondant mécaniquement à une hostilité par une autre ? Il se pourrait à ce propos que la référence hitlérienne nous égare, comme elle égare, d'une autre manière, les moralistes rivés au passé. Nos adversaires actuels sont-ils vraiment du type nazi ? Une "fermeté" qui n'est que ferme peut aboutir à des résultats ridicules, comme le prouve George Bush. Il nous faut appuyer notre fermeté sur une idée de ce dont l'humanité actuelle manque, prise entre le déchaînement du marché et la peur pour la planète : un horizon qui ne soit pas désespérant. Le judaïsme et le christianisme doivent être conscients de ce qui fait leur force possible : moins leur performance historique, dont le bilan sera toujours contesté, que ce qu'ils peuvent faire espérer, puisqu'ils sont les deux seules religions à se déterminer en fonction d'une fin, à voir l'humanité comme en chemin.

A. F. : Un chemin à proposer à l'humanité... sans doute. Encore faudrait-il que les juifs aient le loisir de penser à autre chose qu'à Israël. Cela devient difficile dès lors qu'une humanité de plus en plus judéocentrique se polarise sur ce pays, le regarde comme une erreur historique et rêve à haute voix de l'idylle que serait un monde où Israël n'existerait pas.

 

Mais si j'oublie un instant cette conjoncture douloureuse, je constate que ce qui caractérise les grands penseurs juifs du XXe siècle - Levinas, Arendt, Jonas -, c'est leur insistance sur le thème de la responsabilité. Répondre de l'Autre, répondre du monde, répondre de la culture et de l'expérience des belles choses et répondre de la terre : il ne s'agit plus de réaliser les grandes espérances, mais d'être ému et requis par la fragilité. Cette proposition d'humanité à l'humanité a du mal à se faire entendre, car ce qui règne aujourd'hui c'est le cynisme et le sentimentalisme associés. Les intellectuels, les artistes, les étudiants et les enfants ne cessent de faire la morale, et ils le font d'autant plus volontiers qu'ils n'ont à répondre de rien.

 

Je reviens sur la pénible affaire Guy Môquet : des professeurs ont dit qu'ils ne voulaient pas enseigner le patriotisme. Or, dans le monde d'aujourd'hui, on n'a que le mot "citoyenneté" à la bouche. On veut organiser des "débats citoyens". On dit que l'enseignement du français doit nous apprendre à être de "bons citoyens", ce qui est absurdement réducteur. L'idée de patrie et celle de la citoyenneté divorcent. Mais, comme le rappellent Aristote, Rousseau et plus récemment Arendt, "être citoyen veut dire, entre autres, que l'on a des responsabilités, des obligations et des droits : toutes choses qui ne prennent sens que si elles s'inscrivent dans un territoire". Un citoyen désaffilié et déterritorialisé est voué à être à la fois ange et bête, c'est-à-dire à conjuguer la générosité la plus abstraite et l'égoïsme le plus étroit. Je ne sais pas s'il existe une pensée juive, mais des penseurs juifs peuvent nous aider, que nous soyons chrétiens, musulmans, juifs ou simples laïques, à sortir du messianisme politique par une autre voie : celle du principe de responsabilité.

P. T. : Je suis d'accord. Nous vivons dans une confusion du juridique et du moral. La morale désormais consiste à revendiquer des droits, elle se veut directement opposable à autrui, elle a quelque chose d'infantile, elle s'empare du droit pour s'éviter l'épreuve qui est pourtant la pierre de touche de la moralité, le fait de "prendre sur soi", de se reconnaître responsable du monde. L'expérience morale, on la fait quand les choses vous atteignent, interrogent vos propres ressources éthiques. Tocqueville disait que le patriotisme est la première des vertus. Pas la plus haute, la première, celle qui déclenche toutes les autres, l'implication politique étant pour lui le moyen classique de faire échapper la morale à l'abstraction, pour qu'elle devienne exigence vécue et partagée.

Mais c'est dans des conditions de déréliction de la politique et d'infantilisme civique que les religions doivent reconsidérer leur rôle, non pour faire régner communautairement l'ordre moral dans leurs troupeaux, si jamais elles en sont capables, mais pour rendre capables ceux qu'elles touchent d'une véritable attitude morale. Elles peuvent en effet favoriser chez ceux qui entrent dans les récits dont elles sont porteuses la confiance dans le monde, l'espérance permise à une humanité qui va à tâtons vers ce qui la dépasse.

Cela incite réciproquement à réinterroger une laïcité dont la prétention à proposer une morale rationnelle se dissipe. Certes, la laïcité veut qu'on interpelle les religions et qu'on limite leur pouvoir en fonction de considérations civiques, mais la politique ne peut pas ignorer qu'elle aussi fait appel à ce qui en nous relève de la "foi" au sens premier, de cette confiance fondamentale qui a été notre premier contact avec la vie, dans laquelle nous sommes nés et que les grands récits religieux continuent de faire vivre en nous.

Propos recueillis par Jean Birnbaum et Henri Tincq
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Jeudi 25 octobre 2007

Israël commémore la disparition du Premier Ministre, Itzhak Rabin, tombé sous les balles d'un fanatique juif. Une cérémonie officielle s'est déroulée au Mont Herzl où il est inhumé."La vaste majorité des Israéliens soutient, plus que jamais aujourd'hui, la voie empruntée par Rabin, et le processus arrêté il y a douze ans, reprend à présent", a notamment déclaré Shimon Peres dans son allocution. De son coté, Ehud Olmert a affirmé que "les balles d'un assassin lâche et ignoble n'empêcheraient pas Israël d'aboutir à la paix".  La présidente de la Knesset, Dalia Itzik, a quant à elle dénoncé les proches du meurtrier en déclarant dans son discours que "les racines du mal proviennent de cette famille qui n’a pas sa place en Israël". Le leader de l’opposition, Binyamin Netanyahou, a profité de son oraison funèbre pour assurer que le Premier ministre défunt,  avait toujours soutenu l’idée d’une «Jérusalem unie et indivisible».

Voici le dossier réalisé par l'ambassade d'Israël :

Itzhak Rabin est né en 1922 à Jérusalem. Il a fait partie du corps d’élite de l’armée israélienne, le Palmach, a été Chef d’Etat-Major, Ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis, député travailliste, chef du parti Travailliste, plusieurs fois ministre (Travail, Défense) et deux fois Premier ministre d’Israël. Il a ordonné l’opération Entebbe en 1976.

Lors de son deuxième mandat en tant que Premier ministre (1992-1995), il a signé la
Déclaration de Principes qui établit une reconnaissance mutuelle entre Israéliens et Palestiniens ; en 1994, il a signé le Traité de Paix avec la Jordanie ; en 1995, il est également signataire des Accords d’Oslo qui définissent en détail l’autonomie palestinienne et les engagements de chaque partie. Il reçoit en 1994, conjointement avec Shimon Pérès et Yasser Arafat, le Prix Nobel de la Paix.

Biographie complète d’Itzhak Rabin (en anglais)

Le 4 novembre 1995, lors d’un rassemblement pour la paix à Tel-Aviv, il est assassiné par un extrémiste juif. Il avait 73 ans et laisse toute la nation endeuillée. Il est enterré au Mont Herzl à Jérusalem, en présence de leaders du monde entier – dont le Roi Hussein de Jordanie, le Président Moubarak d’Egypte, le Secrétaire Général de l’ONU M. Boutros-Ghali, le Président américain Bill Clinton.

 
Voici le dernier discours d'Itzhak Rabin

Tel-Aviv, 4 novembre 1995
(…) Pendant 27 ans, j'ai été un soldat. Tant qu'il n'y avait aucune chance pour la paix, j'ai combattu. Je crois qu'aujourd'hui, il existe une chance pour la paix, une grande chance. Nous devons en profiter, pour tous ceux qui sont présents ici, et pour tous ceux qui sont absents, et ils sont nombreux...
Lire tout le discours
Documents relatifs à Itzhak Rabin

Centre Itzhak Rabin

Le centre Rabin à Tel-Aviv a ouvert en 2004, et est dédié à la vie et à l’œuvre d’Itzhak Rabin, avec une partie commémorative (musée, documentation) et une partie éducative (inaugurée en Novembre 2005).

Chaque année depuis sa mort tragique, la mémoire d'Itzhak Rabin est célébrée dans le monde entier.Le 14 novembre 2005, date hébraïque de l’assassinat de Yitzhak Rabin, la mairie de Paris rendait hommage à Yitshak Rabin à l’Hôtel de Ville, 10 ans après sa mort, en présence du maire de Paris, Bertrand Delanoë, de l’ancien ministre Robert Badinter, des ambassadeurs jordanien et palestinien, et de nombreuses autres personnalités de la politique, des associations et du spectacle. Il y eut également des messages filmés spécialement énoncés pour cette occasion par le Président palestinien Mahmoud Abbas et le Roi jordanien Abdallah II.

 

Transcription du message de Sa Majesté Abdallah II, Roi de Jordanie, à l'occasion de l'hommage à Yitzhak Rabin, célébré en la Mairie de Paris

 

 

Hommage à Rabin prononcé à la Knesset par Ariel Sharon, Premier ministre d'Israël, le 14 novembre 2005 : lire le discours

 

 

(Cliquez pour agrandir)
4 novembre 1995 : Itzhak Rabin (à droite), en présence de Shimon Pérès (à gauche) et de Miri Aloni (chanteuse israélienne), après avoir chanté devant et avecv la foule "Shir hashalom", le chant de la paix. Il sera assassiné quelques minutes plus tard.

(Cliquez pour agrandir)
La tombe d'Itshak Rabin et de sa femme Lea au Mont Herzl à Jérusalem
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Mercredi 12 septembre 2007

judaisme.jpg Cette année, le nouvel an juif tombe les 13 et 14 septembre 2007. Comme toute fête juive, il sera célébré dès la veille, soir le 12 septembre au soir…

En savoir plus sur Rosh Hashana.  5768  sera particulière, car Israël célèbrera son 60ème anniversaire en tant qu’Etat indépendant. L’Ambassade d’Israël souhaite à tous les lecteurs du site une année douce et heureuse, année lors de laquelle nous espérons profondément voir la paix se frayer un chemin au Proche-Orient, et partout dans le monde où l’on a besoin d’elle.


Lire les vœux du Président d’Israël au peuple juif

Lire les vœux du Premier ministre d’Israël au peuple juif

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Vendredi 7 septembre 2007

La plus grande synagogue d’Allemagne rouvre ses portes


Ce bâtiment, dévasté durant le pogrom de la Nuit de cristal, a été restauré.
Par Nathalie Versieux pour Libération
QUOTIDIEN : vendredi 7 septembre 2007
Berlin  de notre correspondante

Les architectes ne disposaient que de trois vieilles photos en noir et blanc lorsqu’ils se sont attelés à la restauration de la plus grande synagogue de l’Allemagne d’avant Hitler, dans la Rykestrasse à Berlin-Est.
Lors du pogrom de la Nuit de cristal, le 9 novembre 1938, le rabbin et les membres de la communauté sont arrêtés et déportés au camp de Sachsenhausen. L’intérieur du bâtiment est totalement dévasté, les rouleaux de la Torah détruits. Si la carcasse de briques sobre et lumineuse est épargnée, c’est grâce aux immeubles d’habitation voisins. Les nazis craignent, s’ils y mettent le feu, de provoquer la mort d’aryens. De synagogue, le bâtiment est transformé en écurie, puis en entrepôt. Après la guerre quelques centaines de survivants s’y retrouvent pour la prière, malgré l’hostilité du régime communiste.
«Confiance».  « C’est un miracle qu’il y ait de nouveau des Juifs en Allemagne, et la synagogue de la Rykestrasse est le symbole de ce miracle», rappelait le rabbin Leo Trepp, très ému, le week-end dernier. Agé de 94 ans, Leo Trepp avait effectué sa formation dans cette synagogue au milieu des années 30. Déporté à Sachsenhausen, il était parvenu à fuir l’Allemagne nazie. « Nous avons de nouveau confiance en l’avenir de la communauté juive d’Allemagne, ajoute le directeur du centre de formation, le rabbin Yehuda Teichtal. Nous sommes de nouveau là, et nous en sommes fiers.» Pour nombre de Juifs d’Allemagne, la présence d’une communauté dynamique sur les ruines du Reich est comme une victoire posthume sur Hitler.
Le week-end dernier, en l’espace de trois jours, Berlin a vu la réouverture de la synagogue et l’inauguration d’un centre culturel du mouvement orthodoxe Chabad Lubavitch, dans la partie ouest de la ville. La capitale compte environ 12 000 fidèles et abrite la plus importante communauté juive du pays : dix synagogues, des écoles, des magasins kasher, des bibliothèques, des théâtres, des salles de concert consacrés à la culture juive, des centres d’aide sociale et un hôpital juif.
Les communautés juives d’Allemagne connaissent depuis la chute du Mur un nouvel essor, notamment du fait de l’immigration en provenance de l’ex-Europe de l’Est. Entre janvier 1991 (date de la loi qui autorise l’immigration des Juifs de l’ex-Union soviétique, sans autre condition que celle d’être capable de prouver avoir un père ou une mère juifs) et aujourd’hui, le nombre de Juifs en Allemagne est passé de moins de 30 000 à 100 000 personnes. Avant l’arrivée au pouvoir de Hitler, 600 000 Juifs vivaient dans le pays.
En 2004, pour la première fois, l’Allemagne a même attiré davantage de migrants juifs qu’Israël. Le mythe de l’Ouest et la relative sécurité tant matérielle que politique expliquent cette préférence, malgré le poids de l’holocauste.
L’Etat allemand offre en effet à chaque arrivant un permis de séjour et de travail, un logement, l’aide sociale, des cours d’allemand et une formation professionnelle. L’intégration fonctionne tant bien que mal.
Mais nombre de diplômés venus de l’Est ne trouvent pas de travail. «On se trouve dans une situation typique de conflits liés aux migrations, avec son cercle vicieux de chômage, de problèmes de langue, d’argent, de contacts… insiste Irene Runge, fondatrice de l’Association culturelle juive. Ces problèmes sont particulièrement difficiles à supporter pour les plus qualifiés.» En effet, médecins ou ingénieurs ont souvent le plus grand mal à trouver un emploi en Al­lemagne, faute de maîtriser la langue.
«Communautés».  De leur côté, les anciens s’emportent contre la russification forcée et la laïcisation de leur communauté. «La communauté juive de Berlin est devenue un centre culturel russe», s’énerve Albert Meyer, charismatique avocat et président du Conseil central des Juifs de Berlin jusqu’en 2005, avant de reprocher aux «Russes» (60 à 70 % de la communauté berlinoises) leurs penchants « stalinistes». Selon lui, les Juifs de l’Est accorderaient plus d’importance à l’anniversaire de la victoire de l’Armée rouge sur le fascisme qu’à la commémoration de la Nuit de cristal.
« La communauté juive de Berlin doit-elle garder son unité ? se demande aujourd’hui le rabbin Andreas Nachama . A New York, il y a bien 400 communautés différentes…» A ses yeux, dynamisme rime avec diversité. Les rivalités au sein de la communauté de Berlin seraient peut-être le signe d’une certaine «normalisation».
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Mardi 4 septembre 2007

kaddish.jpg Le kaddish perdu des juifs de Corse

LE MONDE | 01.09.07 | 15h14  •  Mis à jour le 03.09.07 | 10h42

Dans la petite salle de la synagogue, derrière les façades de la rue du Castagno qui dévale vers le vieux port de Bastia, des mains ridées étreignent les franges du tallith, le châle traditionnel de prière juif. Ce samedi d'août, trois vieux messieurs psalmodient dans un hébreu un peu hésitant la prière du shabbat, les yeux clos, le regard tourné vers un passé où les rires des enfants de réfugiés juifs d'Alep ou de Tibériade encombraient les ruelles du vieux quartier génois de la ville.

Un passé où la minuscule synagogue Beith Mer, installée en 1934 dans un ancien appartement, ne pouvait pas accueillir toutes les familles venues prier pour Yom Kippour ou Rosh Ha-Shanah. Un passé où le vieux Nahmani avait convié le petit peuple bastiais, bonnetiers juifs et tenanciers de cantines, pisciaghje ("poissonnières") et pêcheurs, prêtres de l'église Saint-Jean toute proche, catholiques et juifs mêlés, à célébrer sur la place du Marché la naissance de son onzième enfant. Un fils, enfin, après dix filles !

C'était dans l'autre siècle... Celui qui avait vu 744 hommes, femmes et enfants débarquer dans le port d'Ajaccio un matin de décembre 1915, expulsés d'une Palestine encore sous le joug ottoman et que se disputaient Britanniques et Français d'un côté, Turcs et Allemands de l'autre. Muletiers, cordonniers, agriculteurs, ils avaient dû tout quitter pour une patrie incertaine autant qu'inconnue, emportant avec eux la somme de 3 livres turques par famille et quelques objets rituels.

Souvenirs de ces temps enfuis, les noms s'effacent peu à peu des devantures des commerces de la rue Napoléon, dans le centre ancien de Bastia, où une grande partie de la communauté a essaimé peu après son arrivée à Ajaccio. Des dizaines d'échoppes autrefois tenues par les Ebrei – les "Hébreux", en Corse –, il n'en reste que trois pour perpétuer la présence de la communauté. Côté impair, les deux chausseurs Cohen. En face, Chez Aben Frères, articles et vêtements de travail.

Partis, les familles Yebgui, les Chetrit et les Eknine. Montés en Israël, les filles Eskenazy, les sœurs Abbo et les Toledano, dont l'un des patriarches deviendra ministre du culte du premier gouvernement de David Ben Gourion. Entre Ajaccio, Saint-Florent, L'Ile-Rousse ou Bastia, il ne reste plus qu'une vingtaine de familles. Depuis la mort du rabbin Mayer Toledano en 1970, bien peu de fidèles à la prière du shabbat.

Quand un deuil frappe une famille, il est difficile de réunir les dix hommes dont la présence est indispensable pour dire le kaddish, la prière des morts. Le plus souvent, un rabbin est dépêché du continent. Il n'oublie jamais d'apporter des produits casher : le dernier rayon de la dernière épicerie à proposer de la nourriture autorisée a fermé, il y a quinze ans, faute de clients. "C'est pourquoi le consistoire nous autorise à dire le kiddouche, la bénédiction du vin, avec de la bière. Nous ne trouvons plus de vin casher", s'excuse Claude Benassouli. Arrivé en Corse en 1991, cet ancien conservateur des hypothèques anime une fois par semaine une classe d'hébreu, langue qu'il a apprise, à 28 ans, à Paris, quand il était un jeune rapatrié d'Algérie. Ses élèves ? Neuf dames patronnesses des bonnes œuvres du couvent Saint-Antoine et un moine franciscain...

Un ancien de la communauté soupire : "Pour voir les juifs de Corse, il suffit de monter au carré israélite du cimetière."

Berri "Shalom" Spitezki et Salomon Weiss, eux, ont préféré rencontrer les vivants. Au mois de juillet, ces deux jeunes loubavitchs new-yorkais, d'origine belge, sont venus. Depuis quarante ans, chaque été, les jeunes hommes non mariés de ce mouvement ultra-orthodoxe accomplissent des visites aux foyers juifs en déshérence. Leurs pas les portent d'Ukraine en Afrique du Sud, en Roumanie... Cette année, Salomon a décidé de suivre son ami Shalom sur les traces de sa propre famille. "C'est ici que ma grand-mère a trouvé refuge pendant la seconde guerre mondiale, sur les conseils d'amis du continent. Elle a pu échapper aux rafles", explique-t-il à la terrasse d'un café, place Saint-Nicolas, à Bastia.

A l'heure de l'apéritif, entre deux tables où des Bastiaises rivalisent d'élégance et des vacanciers en short décortiquent les guides de tourisme, Shalom et Salomon, kippa sur la tête et barbe fournie malgré leurs 21 ans, s'étonnent encore de l'accueil qu'ils ont reçu au long de leur périple. "Ailleurs en Europe, on ne vient pas vers nous, on nous regarde plutôt curieusement. Ici, en deux jours, nous avons été accueillis dans tous les cafés. Les gens nous abordent spontanément, viennent nous parler... C'est très étonnant."

L'idée qu'ils se font des juifs de Corse ? "Une communauté qui vieillit mais qui reste très attachante. Bien sûr, ils ne sont que quatre ou cinq à la synagogue. Mais tous les samedis, elle est ouverte dès 8 heures du matin. C'est ça qui est important pour nous", explique Salomon. Leurs pérégrinations insulaires ont mené les deux compères de Saint-Florent à Ajaccio, en quête des enfants perdus d'Israël, ces jeunes Corses d'origine juive qui ont reçu, pour tout héritage, un nom ou un prénom porté par leurs ancêtres venus d'Haïfa ou d'Alep.

C'est la fierté et le tourment des juifs de Corse : avoir su s'intégrer à cette île que l'on dit rétive à l'étranger. Une île profondément catholique, aussi. Avoir su s'intégrer jusqu'à s'y être perdus, happés par la puissante attraction d'une culture méditerranéenne et cosmopolite, à mille lieues des clichés rebattus, une culture dont les racines se sont sans cesse recomposées au gré des apports extérieurs. Juifs. Corses. Français. Tout cela à la fois. "Mon identité ? Elle ne se partage pas", tranche Jacques Ninio, 82 ans.

Dans le petit appartement qu'il occupe avec son épouse, la fille du rabbin Toledano, le doyen de la communauté incarne ce paradoxe. Il reste l'un des piliers de l'office du shabbat, s'efforce de manger casher, organise les festivités de Kippour. Mais, sitôt la conversation engagée, voici sa propre histoire qui resurgit, celle du fils de réfugiés devenu traculinu – colporteur – dans les villages de l'île, enfant d'un pays où les anciens pensent en corse avant de parler français.

En 2001, Jacques Ninio a écrit au préfet, inquiet. "Les anciens de la communauté sont assez pessimistes quant à la continuité d'une présence juive en Corse." Et, pourtant, impossible de boucler les valises, de partir rejoindre la famille sur le continent ou en Israël. "On est restés après la retraite, seuls. On aurait pu partir. Mais non, ça n'aurait pas marché", soupire Rachel, sa femme.

 

"Et puis, partir pour où ? demande un alerte quinqua de la communauté. Quel est l'endroit au monde où des juifs ont été mieux accueillis qu'ici ? Même au XVIIIe siècle, quand la moitié de l'Europe n'avait toujours pas accordé le moindre statut aux juifs, et que l'autre les pourchassait, la Corse était une terre d'accueil pour nous."

Dans l'île, tout le monde connaît l'histoire des "juifs de Paoli". En 1764, alors que Pasquale Paoli, héros de l'indépendance, préside aux destinées de l'éphémère république corse, des israélites italiens sont incités à s'établir dans l'île. Trois ans plus tard, à ses partisans qui l'interrogent sur le statut à accorder à ces nouveaux venus, Pasquale Paoli répond sans hésitation : "Chaque homme établi sur la terre franche de notre patrie a le droit de choisir ses magistrats et ses représentants." "La liberté, ajoute-t-il, n'a ni confesseur ni inquisiteur."

"L'attitude de Paoli répond autant à sa pensée profondément égalitaire qu'à son utilitarisme, explique le professeur Antoine-Marie Graziani, biographe de Pasquale Paoli et membre de l'Institut universitaire de France. Il a vu les juifs faire prospérer Livourne et Naples, il sait qu'ils peuvent apporter à la Corse ce que les insulaires ne savent pas faire : du commerce. Les protéger est pour lui une évidence, autant philosophique que politique." Quand éclate la seconde guerre mondiale, 80 000 soldats italiens et 15 000 Allemands débarquent sur les côtes corses en 1942. Comme ailleurs, des lettres dénoncent. Mais en Corse, en dépit de l'internement de 80 juifs à Asco, un village situé au pied du Monte Cinto, aucun ne partira vers les camps de la mort.

L'île sera même aux avant-postes de la création de l'Etat d'Israël. En 1948, un haut fonctionnaire de la police et trois truands s'invitent dans le bureau du préfet de Corse. Ils sont chargés par Jules Moch, ministre de l'intérieur, d'organiser clandestinement le premier acheminement d'armes par voie aérienne à destination de l'Etat hébreu. Au préfet, qui voit l'initiative d'un mauvais œil, l'étrange quatuor présente un dossier. Le haut fonctionnaire blêmit. La promesse de quitter l'île dans une caisse en bois achève de le convaincre. Son nom ? Maurice Papon. Transportées par des marins corses depuis Marseille, les armes seront finalement chargées dans des avions envoyés vers le tout nouvel Etat d'Israël.

Les yeux dans le vague, Rachel Ninio sourit. "Oui, c'est une belle histoire. Mais nous, ce que nous attendons aujourd'hui, c'est un miracle." 

Antoine Albertini

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Samedi 11 août 2007
- Par Jean Thévenin

Voici l'article de Jean-Luc Marion, paru dans le Monde du jour, que je trouve très juste. Le cardinal Lustiger est homme d'Eglise, homme de Foi, un humaniste et un véritable intellectuel qui aura su, tout comme Soeur Emmanuelle ou le dalai-Lama, non pas délivrer un dogme universel mais tenter de faire vivre l'enseignement de son église à travers une intériorité, une personnalité et un dévouement qui différencient les hommes de Dieu des hommes de Foi.

Lustiger ou l'intelligence de la foi, par Jean-Luc Marion

Philosophe, professeur à l'université de Paris-IV Sorbonne et à l'université de Chicago
LE MONDE | 11.08.07 | 13h34  •  Mis à jour le 11.08.07 | 13h35
Si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas" (Isaïe 7,9). Saint Augustin avait érigé ce verset en une méthode pour la pensée chrétienne. Jean-Marie Lustiger l'a illustrée magnifiquement.

 

D'autres diront ses vertus, je m'en tiendrai à son intelligence : en quarante ans, je ne l'ai jamais entendu dire une banalité, donner une homélie fade et édifiante, porter un jugement idéologique ou convenu.

 

 

S'il détonnait passablement parmi le reste du personnel ecclésiastique, mais aussi politique ou médiatique, ce n'était pas, comme on le répète trop, parce qu'il avait mauvais caractère, le talent de commander, le sens de l'urgence (il avait tout cela), mais parce qu'il était très intelligent et considérait la bêtise comme un péché contre l'intelligence de Dieu. Entendons-nous bien, il ne s'agissait pas de sa culture (évidemment il était homme de culture, mais cela n'a jamais empêché quiconque de rester stupide) ni de ses amitiés intellectuelles (il en avait sans nombre, mais elles conduisent souvent aux idées reçues). Il s'agissait de son intelligence de Dieu.

D'abord, de l'intelligence de la foi. Alors que nous tous (ou presque), nous vivons dans le monde et, éventuellement, après coup, nous envisageons que l'on pourrait considérer l'hypothèse au moins de quelque chose qu'on nomme "Dieu", il vivait d'abord dans un face-à-face permanent, antérieur et irréfragable avec Dieu, avec une évidence absolue de sa présence. "Seigneur, nous Te rendons grâce de nous permettre de servir en Ta présence" - combien de fois ne l'ai-je pas entendu prier ainsi !

Le coeur du réel, de toute puissance et de toute jouissance pour lui (comme pour tous les vrais croyants) ne se trouvait pas dans le monde (ni dans les arrière-mondes) mais en Dieu, dans la vie de Dieu. Car notre pauvre monde ne se trouve lui-même directement qu'en Dieu (sinon, où serait-il ?).

L'actualité qui le fascinait chaque jour consistait premièrement dans l'épopée de l'amour déployé par Dieu en Lui-même, donc aussi dispensé par Dieu aux hommes. La plus grande tragédie qu'il éprouvait tenait au jeu de l'amour de Dieu et de la haine des hommes : de l'amour de Dieu en lui-même, de l'amour de Dieu pour les hommes, de la haine des hommes envers Dieu, de la haine des hommes les uns pour les autres, voire de chacun pour soi. Il n'avait qu'une angoisse : mesurer à quel point "l'amour n'est pas aimé" ; qu'une joie : constater "la charité répandue dans nos coeurs par l'Esprit-Saint".

Il avait l'intelligence de la foi, parce que, pour lui, le monde des hommes se trouvait de plain-pied dans l'histoire sainte, dans l'histoire de la révélation de Dieu par lui-même devant les hommes.

De cette intelligence de la foi s'ensuivait une intelligence du monde par la foi - du monde vu sinon du point de vue de Dieu, du moins selon l'économie de sa révélation parmi nous. Il n'avait là aucun "pessimisme augustinien", aucun "refus de la modernité", mais, évidemment, une liberté radicale envers toutes les idéologies.

Il avait compris, sur un mode gaullien, qu'il n'y a jamais à choisir entre deux idéologies, mais à les refuser au nom de la réalité et de la raison. Refuser et le nazisme, et le bolchevisme (suivant la double encyclique de Pie XI en 1937). Ce qui signifiait, à propos de l'Eglise en France, qu'elle n'a pas à chercher à compenser ses tentations par la droite (et pourquoi pas avec Vichy) par des compromissions avec la gauche (et pourquoi pas avec le Parti communisme) ni ses dérives sectaires intégristes par ses dérives sectaires dites progressistes (et il n'y a pas à chercher ailleurs le motif des oppositions qu'il a rencontrées dans certains secteurs du catholicisme français).

Il avait compris, moins par le seul fait de son destin personnel que parce qu'il avait su l'assumer saintement, qu'il n'y a pas de scission entre les juifs et les chrétiens, mais une tension d'abord entre les juifs devenus disciples du Christ et les païens devenus disciples du Christ et ensuite entre ceux-ci et les juifs qui ne le sont pas ou pas encore devenus. Et donc que ces tensions mêmes appartiennent également au mystère de la révélation de Dieu.

Il avait compris que la "mort de Dieu" ne mettait un terme qu'à une idolâtrie, mais ouvrait à nouveaux frais la question de Dieu et donc entraînait la "mort de la mort de Dieu". Le christianisme (et le judaïsme) n'est pas la religion de la sortie de la religion, mais la non-religion d'une sortie toujours recommencée hors de l'idolâtrie - un exode hors de toutes les Egypte métaphysiques de "Dieu", de l'"humanisme", des "valeurs" et autres "a priori".

Il avait enfin compris que les chrétiens n'ont pas à se soucier d'abord de l'Eglise, mais du Christ. Les réformes de l'institution ecclésiale (et il en a fait !) n'ont en elles-mêmes aucune importance (sinon pour les observateurs religieux, les sociologues de la religion, les bureaucrates ecclésiastiques), sinon celle, négative quoique réelle, de diminuer les obstacles institutionnels à la manifestation et à la diffusion de la charité du Christ.

Les chrétiens devraient d'abord s'intéresser au Christ, puisque les non-chrétiens s'intéressent surtout à l'Eglise. Car le refus de ou l'appartenance à l'Eglise ne résulte pas d'un choix, idéologique ou même spirituel, mais d'une élection par Dieu dans le Christ. Le chrétien ou le non-chrétien prend corps en y répondant, ou non.

Tout cela sonne encore comme des paradoxes. Mais on appelle paradoxes des évidences pas encore affrontées.

Jean Paul II demandait de ne pas avoir peur. Jean-Marie Lustiger a demandé de comprendre le mystère de Dieu, et pour cela de croire. Notre génération fut bien fortunée d'avoir pu entendre ces deux voix. Les générations prochaines nous les envieront. Elles ne nous excuseraient pas de les avoir méprisées.


 

Philosophe, professeur à l'université de Paris-IV Sorbonne et à l'université de Chicago

 

Jean-Luc Marion
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Samedi 11 août 2007
- Par Jean Thévenin

Hier :  moment exceptionnel. En effet, lors des obsèques de Monseigneur Lustiger, nous avons assisté à un véritable moment de fraternité entre les religions. Selon les volontés du défunt, le Kaddish a été prononcé sur le parvis de la cathédrale Notre Dame de Paris. Revenons donc sur le sens et la signification du Kaddish.

Aspect historique

Bien qu’il soit difficile de dater la naissance d’une prière, la formulation simple en langue araméenne (kaddish signifie « saint »), l'absence d'une demande de reconstruction du Temple ou du retour des exilés suggère que le Kaddish fut rédigé en Babylonie, à l'époque du second Temple, alors que la Judée se trouvait sous domination romaine. La similitude avec le « notre Père » chrétien qui exprime cette attente messianique si forte à l'époque, confirme cette datation.

Selon le Talmud, le Kaddish fut d'abord établi pour clore une étude ou une homélie aggadique, louer l’Éternel et bénir les Maîtres, il arrivait même, que l'on mentionnât nominativement un sage particulier tel le chef religieux de la diaspora (rech galouta). Dans la liturgie yéménite on a retrouvé le nom de sages vénérables comme Maïmonide.

La première mention du Kaddish en tant que partie de l’office, se trouve dans le traité Sofrim (Scribes) (IIIe siècle). À l'époque des Guéonim (VIIe siècle), le Kaddish était déjà codifié puisqu’il exigeait qu'il soit récité debout, en  présence d'un minyan, ou quorum de dix hommes majeurs religieusement.


Le Kaddish dans la prière

   
Depuis cette date, le Kaddish marque les différentes étapes de la prière, les mystiques parlant des différents niveaux de dévotions liés aux sphères supérieures. Dès lors, le Kaddish devient une sorte de station où tous les fidèles se rassemblent, lorsque attentifs aux mots du ministre officiant, ils répondent à l’unisson “Amen”. Cette idée mérite notre attention, car l’une des particularités de la prière juive est justement de traduire un équilibre entre la ferveur du particulier et la foi de la communauté.

Ce Kaddish occupe une telle place que le Talmud affirmera que quiconque répond “Amen” de toute la force de sa conviction verra ses fautes effacées, car le fidèle exprime clairement son acceptation de la royauté divine.

Construit à partir de versets tirés des Hagiographes (Psaumes, Job, Daniel), le Kaddish possédait à l'origine diverses formulations, jusqu’à ce que celle du séder rav Amram (ouvrage liturgique composé par ce rabbin babylonien) soit adoptée (IXe siècle).

Parmi les différences majeures entre les rites ashkénaze et séfarade, citons l'occultation dans le premier cas de la formule “que ton Messie approche”, qui fut le résultat de la censure chrétienne, qui affirmait bien sûr que le Messie était déjà venu.

Les différents Kaddish



A part le Kaddish des rabbins (Kaddish dérabanan), trois autres  furent élaborés par la Synagogue :

- Le demi-Kaddish (hatsi Kaddish) qui constitue en fait la première partie de tous les Kaddish, qui commence par : “ Que son grand Nom soit glorifié et sanctifié”. Cette louange sera entrecoupée par cinq “Amen”, prononcés par le public, le troisième se prolongeant par : “Que son grand Nom soit béni à jamais, d’éternité en éternité”,  formule qui est une réminiscence d’une pratique du Temple.

- Le Kaddish d'acceptation de la prière (Kaddish titkabal), prononcé après la Amida et à la fin de l'office et qui est une demande adressée à Dieu pour exaucer toutes les prières d'Israël.

- Enfin le Kaddish des orphelins (Kaddish yatom), traduit à tort par Kaddish des morts. En entendant la traduction l’on comprendra pourquoi cette appellation est fausse, puisque les défunts n’y sont jamais évoqués. C’est le lieu de rappeler que la tradition hébraïque ne connaissait aucun culte des morts (pas même dédié à Moïse), et que la prière pour « l’élévation de l’âme » est tardive (après l’exil de Babylonie)

En fait, le but de ce Kaddish, comme les autres rites de circonstance d’ailleurs, est d'aider les enfants à faire le deuil de l’être aimé et à réintégrer le chemin de la vie en acceptant le décret du ciel, comme dit le Talmud : “l'homme est tenu de bénir Dieu aussi bien pour le bonheur que pour le malheur”. La récitation du Kaddish est donc ici l’équivalent au tsidouk hadin ou acceptation de la justice divine. Si malgré tout ce Kaddish fut associé aux morts, c’est en raison des terribles massacres des Croisés au XIIIè siècle.

Pour être exhaustif, précisons qu’il existe un autre Kaddish des orphelins qui est récité après l'enterrement et qui exprime le vœu de voir la reconstruction du Temple et la résurrection des morts, Kaddish récité également durant le jeûne du 9 av, mais du fait de sa rareté et de sa difficile prononciation, seuls les plus orthodoxes le récitent.

Concluons cette courte présentation en évoquant la merveilleuse liturgie qui s’est construite autour de ce texte ; chaque communauté possède son air du Chabbat, des fêtes ou des Jours redoutables. Si la sainteté renvoie à la séparation et par conséquent à la théologie de l’altérité, le Kaddish est devenu la mélodie d’une rencontre où le chant de l’homme égrène sur le fil du temps les perles d’un amour intarissable.


LE KADDISH EN FRANCAIS


Que le Nom Immense dont le dÈsir donna naissance
‡ l'univers, retentisse ‡ travers la crÈation,
maintenant.
Que cette PrÈsence Immense dirige votre vie
et votre jour et toutes les vies de notre monde.
Et dite: Oui. Amen.
BÈnissez, bÈnissez, ce Nom Immense,
‡ travers l'espace tout entier; tout le temps.
Bien que nous louions, que nous embellissions, que nous offrions votre Nom - bÈni soit- il- votre Nom qui est sacrÈ, vous demeurez, hors de portÈe de nos louanges, hors de portÈe de notre chant,
hors de portÈe de toute consolation. Au del‡, au del‡.
Et dites: "Oui". Amen.
 
Que le Nom de Dieu donne naissance ‡ la Grande Paix et ‡ la Vie
pour nous et pour tous les Ítres.
Et dites: Oui. Amen.

Celui qui a donnÈ un Univers de Paix,
nous apporte la Paix, ‡ nous tous qui sommes Israel.
Et dites: Oui. Amen

Kaddish - Rite Achkenaz. Kaddish Rite Sefarad

Yisgadal veyiskadach chemé rabo, beolmo di vero khiroussé, veyamlikh malkhoussé be’hayékhon ouveyomékhon ouve’hayé dekhol bess yisroël, baagolo ouvizman koriv, veïmrou omen.

Yehé chemé rabo mevorakh leolom ouleolmé olmayo, yisborakh veyichtaba’h veyispoar veyisromam veyisnassé veyishadar veyissalé veyishalal chemé dekoudcho, berikh hou leélo min kol birkhosso vechirosso, touchbe’hosso vené’hémosso, daamiron beolmo, veïmrou omen.

Al yisroël veal rabonon veal talmidéhon, veal kol talmidé salmidéhon veal kol mon deoskin beoraysso di veasro hodèn vedi vekhol assar vaassar, yehé lehon oulekhôn chelomo rabo, ‘hino ve’hisdo vera’hamin ve’hayin arikhin oumezono revi’ho oufourkono min kodom avouhon di vichemayo (vearo), veïmrou omen.

Yehé chelomo rabo min chemayo ve’hayim olénou veal kol yisroël, veïmrou omen.

Ossé cholom bimromov hou yaassé cholom olénou veal kol yisroël veïmrou omen.

Yitgadal veyitkadach chemé raba, bealma di vera khirouté, veyamlikh malkhouté veyatsma’h pourkané vikarèv mechi’hé, be’hayékhon ouvéyomékhon ouve’hayé dekhol bet yisraël, baagala ouvizman kariv veïmrou amen.

Yehé chemé raba mevarakh lealam oulealmé almaya, yitbarakh veyichtaba’h veyitpaar veyitromam veyitnassé veyithadar veyitalé veyithalal chemé dekoudcha, berikh hou leéla min kol birkhata vechirata, tichbérata vené’hémata, daamiran bealma. veïmrou amen

Al yisraël veal rabanan veal talmidéhon veal kol talmidé talmidéhon deyatvin veaskin beoraïta kadichta di veatra haden vedi vekhol atar veatar yehé lana oulehon oulekhon chelama ‘hina ve’hisda ve’hayé arikhé oumézoné revi’hé vera’hamé min kodam élaha maré chemaya veara, veïmrou amen.

Yehé chelama raba min chemaya ‘hayim vessava vichoua vené’hama vechézava ourfoua oug’oula ousseli’ha vekhapara veréva’h vahatsala, lanou oulekhol amo yisraël, veïmrou amen.

Ossé chalom bimromav hou bera’hamav yaassé chalom alénou veal kol amo yisraël veïmrou amen.


Face à la mort....

La mort d'un parent entraîne des règles de deuil, que nous allons présenter succinctement. Le rabbin chargé de la famille donnera tous les détails, en tenant compte éventuellement des coutumes ancestrales de chaque famille.

Nous pensons particulièrement aux coreligionnaires éloignés de toute communauté et qui utiliserait notre site pour obtenir quelques informations.

La période du deuil du point de vue de la halakha (loi juive) s'étend sur douze mois. Elle se divise en trois périodes, de 7 jours (chiv'a), de 30 jours (chlochim) et de l'année. S'ajoute par la suite la date commémorative du décès pour les années suivantes (hazkara ou jahrzeit).

Période des 7 jours

Elle commence le jour de l'enterrement (avant le coucher du soleil) et s'achève le septième jour, à condition qu'un jour de fête (yom tov) ne vienne pas couper cette période (dans ce cas consulté le rabbin local ou nous écrire par e-mail).

2 règles à retenir :

a) Dans le calendrier hébraïque le jour commence toujours la vieille (Chabbat, samedi débute toujours vendredi soir.)

b) Une partie d'un jour est considérée comme un jour entier.

Illustrons ces principes par un exemple :

Sur une personne décède le 1er janvier, et est enterrée dans l'après-midi, le septième aura lieu le 7 janvier.

Concrètement : Le 6 janvier au soir (à la sortie des étoiles ou à la rigueur au coucher du soleil) aura lieu la prière du septième jour.

Le 7 janvier au matin, après l'office, montée au cimetière, récitation du kaddish, prière de deuil. Les endeuillés peuvent alors s'en retourner à la maison prendre une douche, se changer, etc.

Conduite à tenir pendant les 7 jours

Il existe neuf interdits pour la période des sept jours :

  • Travailler
  • Se laver et se frictionner
  • Porter des chaussures de cuir
  • Avoir des relations conjugales
  • Etudier la Torah
  • Saluer ou répondre à un salut
  • S'asseoir sur un siège haut
  • Laver et repasser des vêtements
  • Sortir de la maison (sauf pour aller réciter le kaddish à la synagogue)

Bien entendu, si pour des raisons professionnelles une personne ne peut s'absenter les 7 jours complets, elle fera de son mieux, et la Torah pardonne en cas de force majeure.

Période des 30 jours

La période des 30 jours commence le jour de l'enterrement et s'achève le 30ème jour,  à condition qu'un jour de fête (yom tov) ne vienne pas couper cette période(dans ce cas consulté le rabbin local ou nous écrire par e-mail).

Concrètement : Le 29 janvier au soir (à la sortie des étoiles, ou à la rigueur au coucher du soleil) aura lieu la prière des 30 jours.

Le 30 janvier au matin, après l'office montée au cimetière, récitation du kaddish, prière de deuil.
Conduite à tenir pour les 30 jours

Il existe cinq interdits pour la période des 30 jours :

  1. Se couper les cheveux et la barbe

  2. Participer à des réjouissances

  3. Se marier

  4. Porter des vêtements neufs

  5. Saluer chaleureusement

En ce qui concerne les cheveux et la barbe, on peut les couper après les 30 jours à condition que des amis fassent une remarque désobligeante sur l'aspect négligé de l'endeuillé (Maran Yoré déa 395).

Cependant du fait que nous vivons dans un espace non-juif et que l'aspect extérieur participe des bonnes relations humaines et professionnelles, il sera licite de se couper les cheveux et la barbe au bout de 30 jours (Rama Yoré déa 390, 4).

Période de l'année

Pour le père et la mère, les cinq interdits s'appliqueront durant douze mois.

La récitation du kaddish

 

Alors que pour tous les défunts on récitera le kaddish pendant les 30 jours, pour son père ou sa mère on le récitera pendant onze mois et une semaine (il existe des règles coutumières en la matière, consulter un rabbin de votre communauté originelle).

Le kaddish n'est pas une prière des morts, mais une glorification et une sanctification du nom divin, qui exprime malgré la douleur de la perte, notre confiance en Son jugement de vérité et notre attente sincère d'assister à la proclamation de Sa royauté ici-bas.

Il existe différents types de kaddish, l'endeuillé s'efforcera de réciter le kaddish des orphelins (kaddish yatom) tous les jours de l'année, à la fin de l'office.

Remarque : on tient compte de douze mois pour ses parents et non d'une année, cette remarque est justifiée par le fait qu'il existe des années de 13 mois.

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Jeudi 19 juillet 2007
- Par Jean Thévenin
Yiddish connection
Gérard Depardieu et le pianiste Evgueni Kissin liront ce soir des poèmes russes et juifs au festival de Montpellier.
Par ÉRIC DAHAN QUOTIDIEN : jeudi 19 juillet 2007
Festival de Montpellier Jusqu’au 28 juillet. Rens.: 04 67 02 02 01. www.festivalradiofrancemontpellier.com
C’est désormais un rituel. Gérard Depardieu visite chaque été le festival de Montpellier comme récitant d’un des rares opéras ou œuvres symphoniques qui en exigent un. Cette année, c’est pour une lecture de poèmes russes et yiddish en duo avec le pianiste superstar Evgueni Kissin.
Révélé en 1984 à l’âge de 13 ans par un enregistrement live des deux concertos de Chopin avec le Philharmonique de Moscou, le virtuose a, depuis, été dirigé par les plus grands, de Karajan à Gergiev, a joué en musique de chambre avec Martha Argerich et Isaac Stern, et continue de se produire dans les salles les plus prestigieuses de la planète. Sa passion pour la poésie date de l’enfance. «Dès l’âge de 3 ans, mes parents m’ont emmené à des récitals de poésie, et j’ai commencé à faire des récitations pour eux ou mes amis», déclarait-il, hier, à Libération. Quant à l’intérêt de Kissin pour la culture juive, il date des années 90, lorsque, installé à New York, il commence à hanter les bibliothèques.
Nabokov.  Si l’on a déjà entendu Evgueni Kissin réciter des poèmes à la télévision, c’est Martin Engström qui lui a offert le premier de donner une lecture au festival de Verbier, en Suisse: «J’avais insisté pour que tout le monde participe, mais Zubin Mehta et Kiri Te Kanawa ont déclaré forfait à la dernière minute. Je me suis retrouvé avec mon ami le pianiste Itamar Golan pour seul partenaire.»
A Montpellier, c’est un Gérard Depardieu emballé par le récital Brahms, Beethoven, Schubert et Chopin de Kissin mardi soir au Corum qui lira les remarquables traductions françaises des poèmes de Boris Pasternak et de Vladimir Nabokov, de poètes juifs assassinés par Staline en 1952, d’Abraham Sutzkever, 95 ans, qui vit à Tel Aviv, ou de Moshe Schulstein, mort à Paris dans les années 60.
Assis sous un olivier, l’acteur écoute, captivé, le pianiste raconter comment il a composé son programme: «Exactement comme un concert: avec une entrée en matière, une conclusion, et, au milieu, un acmé de tension. Il s’agit du seul poème sur la Shoah de toute la soirée. Il est signé Moshe Schulstein et commence par ces mots : J’ai vu une montagne de chaussures . Ce sont les chaussures des Juifs exterminés à Maïdanek.»
Si, lu par Depardieu, le poème prend immédiatement sa puissance d’ébranlement, le comédien dit être inspiré avant tout, dans cette aventure, par «la façon dont Kissin parle la musique quand il joue. Il est proche de ces textes, comme il était proche de ­Brahms mardi soir, où il m’a aussi fait comprendre et aimer Schubert. Je ne suis pas un grand connaisseur de musique, mais j’avais l’impression que chaque note qu’il jouait était une parole profonde et pesée. Les poètes juifs et russes, il les porte en lui, tout comme la musique. Brahms et une tragédie de Racine requièrent le même engagement de l’interprète.»
Eloquence.  Habituellement peu communicatif, Kissin est éloquent lorsqu’il s’agit de la poésie d’un Jacob Gladstein : «Mon poète yiddish favori, qui surpasse tous les autres par son imagination, sa maîtrise du verbe et sa puissance.» Depardieu parle de «brutalité» : «Je pense, comme Céline, que les grands artistes, les poètes, les jeunes sont brutaux. La sagesse, c’est le piège du dieu de ceux qui croient être des hommes. Je crois qu’il faut mourir dans la brutalité. Les poètes choisis par Kissin sont brutaux, même s’ils sont traversés par l’esprit du raisonnable. Ils ont été fusillés dans leur envol, avant de devenir sages.» Les autres, comme Aaron Derguelis, poète et rédacteur en chef du seul magazine yiddish publié dans les années 60 et 70 en Russie, ont pu continuer à transmettre l’héritage «grâce aux membres juifs du Parti communiste français, ayant persuadé Maurice Thorez d’intervenir auprès de Kroutchev», explique Kissin.
De Peretz Markish, mentor de Derguelis dans les années 30, il lira un poème «très pessimiste», où il est question d’un homme dont le cœur est tombé comme un miroir sur une pierre. L’homme rassemble les pièces, mais il continue de se voir tordu et brisé. Markish refusa le prix Staline et finit sous les balles du peloton d’exécution. «Les gens fuient généralement quand on parle de poésie», dit Gérard Depardieu. Qui ajoute: «Alors qu’il y a vraiment quelque chose à entendre.»
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Lundi 16 juillet 2007
- Par Jean Thévenin

 

Shimon Peres intronisé Président de l’Etat


Le nouveau Président a prêté serment dimanche à la Knesset devant l’ensemble du parlement israélien et des centaines d’invités.
 
Shimon Peres, 83 ans, qui a été élu le 13 juin pour un mandat non renouvelable de sept ans,  a prêté serment dimanche en fin d'après-midi devant le parlement, devenant ainsi le neuvième Président de l’Etat d’Israël.   Après avoir passé en revue des unités de Tsahal sur l’esplanade de la Knesset et déposé des fleurs devant la flamme en souvenir des victimes des guerres d’Israël, le nouveau Président a juré fidélité à l’Etat en posant sa main sur un Tanakh (Bible). Des rabbins militaires ont alors sonné du Shofar puis les députés ont clamé «Vive le Président de l’Etat d’Israël».    Dans son premier discours présidentiel, M. Peres a notamment promis  de laisser sa porte ouverte à tous les citoyens du pays, de faire progresser la paix à l’intérieur comme à l’extérieur d'Israël, et de renforcer les liens avec la Diaspora.
Parmi les nombreux invités, on notait la présence de Rahel Rabin, la sœur de son ancien rival Itzhak Rabin, de la veuve de Moshé Dayan, Ruth Dayan et celle de l’ancien ministre assassiné Rehavam Zeevi, Yaël Zeevi. Des artistes, des écrivains, des sportifs, des scientifiques étaient également de la fête, aux cotés des plus hautes personnalités de l’Etat. Deux absences remarquées, celle de sa femme Sonia Peres, en période de convalescence après avoir été récemment hospitalisée, et celle de son prédécesseur Moshé Katzav, qui a fait savoir qu’il ne se rendrait pas à la cérémonie.
"Shimon Peres est une des personnalités israéliennes les plus importantes des 60 dernières années", avait affirmé le Premier ministre Ehud Olmert, lors du conseil des ministres hebdomadaire. Durant un demi-siècle de carrière politique, le nouveau Président a notamment été chef du gouvernement, ministre des Affaires étrangères, de la Défense, des Finances, de l'Information, des Transports et de l'Intégration. Initiateur des accords d'Oslo en 1993, qui ont donné l’autonomie aux Palestiniens, il a obtenu en 1994 le prix Nobel de la paix qu'il partagea avec Yitzhak Rabin et Yasser Arafat.
Sa nomination a été saluée dans le monde entier et il a reçu des messages de félicitation des quatre coins du monde, notamment du Pape Benoit XVI, du Président américain George Bush et du Président russe Vladimir Poutine.  Des dizaines de personnalités hollywoodiennes ont également enregistré des messages de vœux pour l’occasion, dont Dustin Hoffman, Kevin Costner et Sean Connery.

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Lundi 18 juin 2007
- Par Jean Thévenin
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