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Lundi 26 novembre 2007 1 26 /11 /2007 12:22

h-9-ill-981706-barbara.jpg  Je vous propose aujourd'hui un article consacrée à Barbara, qui manque tant à la scène parisienne. Je pense à elle chaque fois que je vais courir au Parc Monceau, parcours qui m'emmène au square des Batignolles, en passant par la rue Brochant où elle passa la première année de sa vie. Toutes les fois, et quand bien même mon I-Pod me propose une programation un peu plus "techno" résonnent en moi les paroles de Gottingen, Pantin ou Perlinpinpin. Barbara femme de scène, femme de passion, femme de coeur. "Le goût de l'eau, le goût du pain et celui du perlinpinpin dans le square des Batignolles..."

Crédit photo : AFP/DSK - La chanteuse Barbara à Paris, le 13 février 1971.


LE MONDE | 24.11.07 | 15h27  •  Mis à jour le 24.11.07 | 15h27 

Ce sont des champignons qui l'ont tuée, le 24 novembre 1997. Un bocal devenu poison dans les caves de la maison de Précy-sur-Marne. Ou bien un surgelé décongelé recongelé. Ou des amanites phalloïdes, des hallucinogènes, des morilles ou des cachets. Dès sa mort à l'Hôpital américain de Neuilly-sur-Seine, les rumeurs transforment le "choc toxico-infectieux", cause officielle du décès, en mystère.
Noire et blanche, Barbara, disparue à l'âge de 67 ans après des années de santé fragile, de respiration bronchitique, était pourtant limpide. "Quand j'ai écrit Nantes, on a dit : elle est triste ! Non ! Mais tout le monde a perdu un père et moi j'ai pas inventé la mort... On se dirige vers la mort en passant par une chose éblouissante et terrible aussi qui est la vie. C'est un mensonge quand on dit qu'on avance vers la vie, on passe (emphatique) par la vie" (à François Deletraz dans "Opus", sur France Culture en 1993, restitué dans Le Temps du lilas, coffret édité ce mois-ci par Le Chant du Monde).

Peu importent les causes de la mort. Barbara est vivante puisque son public demeure et s'est même enrichi d'une jeunesse en culottes courtes quand elle finissait sa dernière tournée, épuisée, en 1994. La jeune génération de la chanson française en a fait une référence. Le dixième anniversaire de sa mort est l'occasion de la publication d'ouvrages souvent hagiographiques, où la suprême insolence consisterait à dévoiler l'identité de ses amours - le secret longtemps tu, l'inceste du père, révélé par elle-même dans un ouvrage posthume, Il était un piano noir... Mémoires interrompus (1998).

Barbara se protégeait. Rien de ce qu'elle ne voulait pas qu'on sache ne parut jamais. Par respect pour la "longue dame brune" selon Georges Moustaki qui l'aima, et sa pudeur, mais aussi parce que Barbara était une "femme piano" (titre de son ultime album en 1996) dont les chansons sont autant de miroirs tendus, aux amoureuses, aux adolescents, aux blessés.

SON AMANT LE DIPLOMATE

Monique Serf, née le 9 juin 1930, s'était rebaptisée du nom de la martyre chrétienne d'Héliopolis, jetée aux lions en 306. Barbara, du latin "barbare", "étranger". Etrangère aux lois communes, excessive, professionnelle, elle avait sapé dès 1954 les règles musicales en chantant d'une voix nue des classiques du répertoire français dans l'arrière-salle d'une friterie bruxelloise, puis Brassens ou Giani Esposito à L'Ecluse, cabaret parisien de ses débuts. Partout, elle chante. A Abidjan, en 1961, où elle rejoint son amant, le diplomate Hubert Ballay, pour qui elle écrira Dis, quand reviendras-tu ? avant de le quitter.

A Paris, en 1993, au Théâtre du Châtelet, s'adressant à son public : "Seuls vous et moi connaissons les sentiments extraordinaires qui nous unissent. C'est formidable la route que vous m'avez tracée. Il est vrai qu'à 63 ans, vous m'avez laissée intacte, vous m'entendez, intacte." Au passage, Barbara, intimement engagée (les prisons, la lutte contre le sida...), ajoutait à son répertoire Lily, de Pierre Perret, "la plus belle chanson antiraciste".

Sur cette alchimie politico-fusionnelle, Göttingen, chanson obligatoire de tous les récitals et compilations, renseigne. En 1964, Barbara chante à L'Ecluse. De jeunes admirateurs allemands l'invitent à Göttingen. Mais "l'Allemagne était comme une griffe", dira Barbara, femme juive, ayant passé une partie de son enfance à fuir l'occupant nazi et les camps de concentration - un sujet sur lequel elle est longtemps restée discrète. Aller en Allemagne lui cause des nausées.

Mais le pire, c'est qu'il y a une grève des déménageurs de piano à Göttingen, et qu'au lieu d'un demi-queue, il y a "un énorme piano droit, orné de deux chandeliers... Aucune possibilité de voir le public ni d'être vue." Impensable. Un groupe de jeunes étudiants ira récupérer le piano idoine chez une vieille dame. Alors, emballée, restituée au public, Barbara écrira Göttingen, chanson du pardon, comme le fut Nantes, destinée au père violeur.

Vêtue de noir et cloîtrée, la religieuse de la chanson française était surtout capable d'une écriture lumineuse, sensuelle, fluide. A peine, par exemple, sublime chanson d'amour composée en 1970, avec l'accordéoniste Rolland Romanelli, chanson qui figure sur l'album L'Aigle noir (l'inceste encore), paru en 1970. Elle est inscrite au formidable récital donné en 1974 au Théâtre des Variétés, réédité par Mercury-Universal, son label historique.

Véronique Mortaigne
Article paru dans l'édition du 25.11.07.



  A ECOUTER

Concerts. "Une cantate pour Barbara", le 26 novembre, à 20 h 30 au Théâtre des Variétés, 7, boulevard Montmartre, Paris-2e. Mo Grands-Boulevards, de 13 € à 52 €. Avec Le Ballet Béjart, Marie-Paule Belle, Jeanne Cherhal, Vincent Delerm, Jean Guidoni, Agnès Jaoui, Sandrine Kiberlain, Serge Lama, Judith Magre, William Sheller, Anne Sylvestre, Roland Romanelli. Au bénéfice de Sidaction.

Sur Europe 1 : "On connaît la musique : Rappelle-toi Barbara", le 24 novembre de 23 heures à 1 heure en direct avec Calogero, Vincent Delerm, Jeanne Cherhal, William Sheller, Raphaël, Olivia Ruiz, Jean-Louis Aubert et Sandrine Kiberlain.

Disques. Chez Mercury-Universal : Bobino 1967, avec pour la première fois l'intégralité du récital (16 titres). Théâtre des Variétés 1974, 2 CD. Au Chant du monde-Harmonia Mundi : Le Temps du lilas, archives INA, 1956-1973, en coffret 4 CD, très beau travail d'édition phonographique ; Barbara à l'Atelier (1954), les plus anciennes archives sonores.

Livres et revues. Barbara, Portrait en clair-obscur, de Valérie Lehoux (éd. Fayard-Chorus, 474 p.,23 €) ; Barbara, de Marie Chaix (éd. Libella-Maren Sell, 200 p., 12 €) ; Barbara, parfums de femme en noir, d'Alain Wodrascka (éd. Didier Carpentier, 368 p., 19,90 €) ; "Barbara 10 ans déjà", Télérama numéro hors série (98 p., 7,90 €) ; Chorus-Les Cahiers de la chanson, "Dossier spécial Barbara" (www.chorus-chanson.fr).

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